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Accueil Nos Actions Les Discours Journée de la Déportation - Maison de France - 27 avril 2014
Journée de la Déportation - Maison de France - 27 avril 2014 PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Jean Christophe Romanet   
Mardi, 29 Avril 2014 13:59



Mesdames, Messieurs,


Evoquer cette année la déportation prend un relief particulier et nous donne la mesure du temps qui nous sépare de cette période très douloureuse de l’Histoire du XX ème siècle.

En effet, commémorer en 2014, les deux débarquements alliés, 70 ans plus tard, tandis qu’en novembre prochain il s’agira du centième anniversaire du déclenchement de la guerre de 1914-1918, rapproche ces deux tragédies dans ce qu’elles représentent en souffrance humaine, et ce faisant, renforce notre volonté de ne pas oublier, et de tout faire pour éviter que l’Histoire, écrite avec le feu et le sang, ne se répète.

Malheureusement, des drames se sont encore noués à notre porte dans l’ex –Yougoslavie hier, en Afrique et au proche – orient, voire plus récemment à l’est de l’Europe, aujourd’hui.

En dehors de l’affrontement guerrier et de ses conséquences pour les populations, il convient de souligner son odieux avatar, la déportation de millions de personnes sur ce vieux Continent, pendant la seconde guerre mondiale. De simples citoyens eurent le tort de ne pas appartenir au camp des vainqueurs, de simples citoyens considérés comme des êtres inférieurs ou nuisibles aux yeux d’une idéologie haineuse et destructrice de la dignité humaine. Ils furent donc 9 millions à prendre le chemin des camps d’extermination nazis sans distinction, hommes, femmes, enfants parfois très jeunes, vieillards, infirmes, malades, tous promis à l’anéantissement. La déportation impliqua le déracinement programmé par des esprits criminels dont l’objectif fut de mettre à genoux toute volonté de résistance, tout espoir, offrant comme unique perspective une mort planifiée.

C’est à partir d’archives cinématographiques qu’Alain Resnais, décédé le 1er mars dernier, réalisera, en 1956, à l’occasion du 11 ème anniversaire de la libération des camps son célèbre, « Nuit et brouillard ». Ce film précurseur inspirera celui de Claude Lanzmann, « Shoah », 29 ans plus tard, une œuvre où la spécificité du génocide prendra toute son ampleur dans la conscience universelle.

A l’époque de l’œuvre de Resnais, la notion de shoah n’existait pas encore. «six millions de juifs sur neuf millions, nous ne le savions pas » déclarera le réalisateur.Il est vrai que dans un souci de réconciliation et d’unité nationale, les autorités privilégièrent l’occultation d’un certains nombres de faits embarrassants. C’est ainsi que «  Nuit et brouillard », sorti si près de la fin de la guerre, subit l’ablation d’une image accablante montrant un gendarme français en exercice dans le camp de transit de Pithiviers. De plus le film sera, à la demande de l’Ambassade d’Allemagne de l’ouest écarté de la compétition officielle cannoise.

C’est dire que depuis lors, la reconnaissance pleine et entière de la déportation  massive des juifs et de 3 millions d’autres catégories de citoyens, tziganes, handicapés physiques et mentaux, homosexuels, résistants, opposants politiques, a prévalu dans le monde.

A Monaco, nous n’oublierons jamais, entre autres, Paule et Roger Ley du réseau « Coty-jenny », déportés à Ravensbrück et Buchenwald, Renée et Sylvain Gompars et leur fils François, Roger Bricoux  et Antonin  Massabo du réseau «  Saint Just », déportés à Dachau et Buchenwald.

Au plus près du vécu, nous pourrions, Mesdames et Messieurs, choisir mille exemples significatifs de ces vies bafouées. Comme ces 44 enfants juifs d’Izieu, âgés de 5 à 17 ans, prénommés Hans, Nina, Otto ou Rachel. Ils venaient d’Allemagne, d’Autriche, de France, de Pologne, de Belgique et d’Algérie, réfugiés dans l’Aisn et scolarisés, grâce aux époux Zlatin. Le 6 avril 1944, pendant les vacances de Pâques, l’officier SS Klaus Barbie, de sinistre mémoire, ordonne leur arrestation ainsi que celle de leurs sept éducateurs.

Les enfants, « l’innocence saccagée, le crime absolu » déclarera Serge Klarsfeld ; les enfants ont payé un lourd tribut à l’occasion des déportations. Sur le sol français, 11 458 enfants juifs ont été arrêtés entre juillet 1942 et août 1944, et envoyés dans les camps de la mort. Plus généralement, ce sont plus de 82 000 personnes qui connurent, en France, le même sort. Dans l’hexagone, une vingtaine d’établissements scolaires portent le nom d’enfants juifs et plus de 330 plaques commémoratives figurent dans les écoles parisiennes. Dans la capitale, un quart des enfants arrêtés résidaient dans des îlots insalubres où ils s’étaient réfugiés avec leurs parents en provenance de différents points d’Europe. On est donc loin des délires de la mythologie antisémite sur les juifs richissimes colportés par les nazis et leurs acolytes.

La ligne de démarcation, établie en 1940, poussera de nombreuses personnes persécutées à la franchir et à se concentrer dans la région niçoise, zone d’occupation italienne réputée plus tolérante à leur égard. Mais en septembre 1943, la gestapo prenant les choses en main, transformera leur refuge en piège mortel. Ainsi, de Saint Martin Vésubie où 66 enfants furent capturés et déportés vers Auschwitz, via Nice et Drancy.

Mesdames, Messieurs, malgré les risques encourus, ils furent nombreux néanmoins, parmi les gens ordinaires, à répondre à l’appel du cœur et de la raison, ces Justes qui permirent de sauver 75% des juifs de France. Je citerai, en Principauté de Monaco, les familles Estellon et Lion qui, au péril de leur vie, sauveront leurs protégés.

Dans son roman «  La place de l’Etoile », Patrick Modiano écrit en épigraphe : « au mois de juin 1942, un officier allemand s’avance vers un jeune homme et lui dit : «  Pardon, monsieur, où se trouve la Place de l’Etoile ? ». Et le jeune homme de désigner le côté gauche de sa poitrine.

Pour nous tous, aujourd’hui, à l’évidence, et en contredisant sans le trahir Blaise Pascal, disons, face à cette époque crépusculaire que dans la démarche des Justes et de quelques autres, le cœur avait ses raisons, que la raison n’ignorait pas.Mais c’est à un autre sentiment, que Pascal nous pardonne,

dont il était question alors, celui de l’amour de son prochain, celui de l’amour de l’humanité toute entière.

Veillons, Mesdames et Messieurs, aujourd’hui plus que jamais, à ce que Cœur et Raison continuent de nous éclairer, sur le chemin sinueux de l’Histoire !

 

 

Danielle Merlino

Présidente de la Fédération des Groupements Français de Monaco

Cérémonie du Souvenir des Déportés

Maison de France

27 avril 2014

Mise à jour le Vendredi, 02 Mai 2014 11:14